Portrait . Alain Brettes, premier adjoint chargé des finances, est issu de la société civile. Rencontre
On en parle ces jours-ci jusqu'à l'overdose, mais finalement peut-tre que tout vient de là. Mai 68. Alain Brettes est né en 1950 à Talence. Calculez ! Oui, le président de la CGPME, à l'allure débonnaire, toujours un fond de sourire dans l'?il, que l'on trouve d'emblée « sympa », a vécu à fond cette époque révolutionnaire. Et bien qu'il ait parfaitement assis sa réussite, il lui reste toujours ce fond d'idéalisme qui ne va pas si mal, finalement, avec l'esprit d'entreprise.
Ce sont peut-être cette curiosité « pour tout ce qui bouge », cette recherche permanente de l'innovation, cette envie d'entreprendre que l'on dit plutôt de droite, et ces valeurs d'humanisme que l'on classe volontiers à gauche, qui ont conquis Dominique Rousseau. Au point de propulser cet homme issu de la société dite civile au poste clé de premier adjoint et de grand argentier. « Un acte fort », admet l'intéressé, pourtant en onzième position sur la liste, qui salue en cela l'esprit d'ouverture du premier magistrat et les actes conformes à la parole. « Depuis le début. »
« Tandem idéal ». Celui qui parle de ce nouveau tandem avec le plus d'enthousiasme n'est pas forcément classé du même côté de l'échiquier politique. Et pourtant Alain Brettes à son tour le cite fréquemment pour évoquer leur trajectoire parallèle de chef d'entreprise qui travaille et réussit au pays : Christophe Fauvel. « Je trouve que c'est un très bon choix qui honore à la fois celui qui en bénéficie et celui qui l'a fait. Un politique et un homme qui connaît bien le monde économique : c'est le tandem idéal. À un moment il a été décrié, sans doute parce que sa réussite agaçait. Je peux vous dire que c'est un homme de dossiers à la capacité de travail exceptionnelle, et je suis très heureux pour lui de la reconnaissance de ses compétences. »
Alain Brettes a peut-être aussi l'art de se trouver là où on ne l'attend jamais. À 20 ans déjà, à « l'époque bénie » où tout était possible, où l'ascenseur social fonctionnait à plein, ce fils de cheminot membre de la SFIO, élève de Raymond Barre, doublement diplômé d'une école de commerce et de gestion, quitte un poste de directeur de marketing dans une banque au bout d'un an. Marre de la hiérarchie. Il se met provisoirement à son compte et repart à Sciences Po. On le retrouve ensuite éducateur social, directeur d'établissements de tourisme social et enfin prof à Pigier à Bergerac. Là où une femme qui dirigeait l'établissement le choisit indirectement pour lui succéder. Il fait baisser le prix et rachète le fond de commerce avec huit salariés. C'est le début de la grande aventure de Pigier-Epseco, puis Epseco tout court, puis du réseau de formation Talis qu'il fonde et codirige avec Serge Marcillaud.
Talis rayonne dans toute la France et à l'international, affiche un chiffre d'affaires de 13 millions, 300 salariés et quinze filiales.
Pas une caution. Mais l'homme a envie de s'impliquer pour cette cité qu'il a choisie, parce qu'il aime son rythme, sa taille, son mode de vie. Il défend les intérêts des entreprises au sein de la CGPME, s'engage dans le conseil de développement du Pays du Grand Bergeracois, au foot aussi aux côtés de Christophe Fauvel. Restait la politique. « Souvent nous servons de caution au monde politique et après ce n'est pas suivi d'effets. La décision au final appartient aux élus. »
Le premier budget sera voté ce soir. « Il n'y a pas beaucoup de marge de man?uvre », constate le premier adjoint, dont on pressent qu'il devra freiner des pratiques de chefs d'entreprise pour s'adapter à un autre monde qu'il découvre. Il observe, écoute, apprécie les compétences, réfléchit à des modes d'organisation et d'économies. Lui qui dit s'être investi dans le programme, parle de créativité, d'inventivité, n'ignore pas que la tâche sera rude. Soyez réaliste, demandez l'impossible : c'était aussi un slogan de 68 !
Christine Lamaison Sud Ouest du 15/04/08
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