Dominique Rousseau a patiemment construit sa victoire de dimanche en rassemblant le Parti socialiste et en s'affirmant personnellement sur sa ville
Rousseau s'est révélé Qui croyait il y a encore un an à la victoire de Dominique Rousseau ? Franchement, pas grand monde. Il suffit de revenir un peu plus d'une année en arrière. Nous voilà salle Louis-Delluc, pour les v?ux du Parti socialiste bergeracois. Dominique Rousseau a affirmé ses prétentions : il veut être le candidat de la gauche aux municipales. Ce samedi matin, il critique la politique culturelle du maire UMP Daniel Garrigue. L'assistance est déçue par le ton et par le fond. Un flop?
Un an plus tard, juste avant le premier tour, dans la même salle, le même homme prononce un discours écrit au cordeau avec la voix de quelqu'un qui s'est persuadé qu'il allait gagner et surtout qui a persuadé les autres qu'il allait gagner.
Et il emporte la salle.
Le tournant du référendum. Dominique Rousseau s'est révélé au cours de cette campagne jusqu'à la faire basculer en sa faveur. Sa victoire ne surgit pas de nulle part, elle est le fruit d'un long travail de recomposition, de rassemblement et d'affirmation de sa personne sur Bergerac.
Elle a débuté au soir de la défaite en 2001. Il a alors explicitement et publiquement fait part de ses intentions pour 2008, au milieu des ruines d'une gauche décimée par les divisions.
Sa réélection au Conseil général sur le canton de Bergerac ne fait que renforcer sa détermination. Quelques-uns le suivent. Sans y voir forcément celui qui ramènera Bergerac à gauche.
Une première étape s'ouvre avec le référendum sur le Traité constitutionnel européen. Dominique Rousseau milite et vote pour le oui. Le non l'emporte. Quelques semaines après, voilà Dominique Rousseau qui passe chez les nonistes d'Emmanuelli aux côtés de Germinal Peiro. Le Parti socialiste se prend toujours par la gauche. Et l'élu bergeracois s'affirme loin du chef des socialistes périgourdins, Bernard Cazeau, ouiouiste convaincu.
Aux côtés de Germinal Peiro. Plus tard, il est le seul aux côtés de Germinal Peiro quand un conflit éclate entre le député sarladais et le président du Conseil général à l'automne 2006. Rappelez-vous : Dominique Rousseau fut le seul conseiller général, avec Germinal Peiro, à ne pas signer la motion de soutien demandée par Bernard Cazeau à tous les élus de la majorité départementale. Ce refus n'a rien d'anecdotique dans ce monde politique où n'existe que le rapport de force, où l'on n'existe que par le rapport de force. Germinal Peiro confirme : « Le respect se gagne aussi comme ça, en ne faisant pas toujours du suivisme, en s'exprimant de façon libre mais loyale. »
« Dominique a eu tous les obstacles dans cette campagne. »
Une deuxième étape l'attend avec les législatives de 2007. Qui sera désigné par le PS ? Lui qui en crève d'envie ? Non puisque ce sera une femme. Il choisit Cécile Labarthe contre Béatrice Patrie. Ici encore, parmi les conseillers généraux, il est le seul auprès de Cécile Labarthe. L'investiture remportée par cette dernière est une nouvelle fois l'occasion de s'affirmer à l'intérieur du Parti.
Seulement voilà, après cette bataille entre les deux femmes, le PS est toujours en morceaux, presque aussi déchiré qu'en 2001. En quelques mois, Dominique Rousseau le ressoude pour obtenir une unité certes fragile, mais bel et bien réelle derrière lui sur l'estrade des meetings.
Prudence et fermeté. Rien ne fut pourtant facile. Un proche témoigne : « Dominique a eu tous les obstacles dans cette campagne. » Imaginez qu'il a fallu un nombre incalculable de coups de fil pour composer le tour de table des personnalités invitées à parler lors la conférence de presse proclamant l'unité du Parti début décembre.
« Dominique est un homme de conciliation », dit l'un. « Sa gentillesse, sa prudence, sa patience et sa fermeté ont beaucoup joué », dit l'autre. « Ensuite, il n'y avait personne d'autre et, comment dire, lui, ne traîne aucune casserole, raconte un militant. Finalement, ce fut un ralliement de raison. »
Et lundi 8 octobre, il est investi tête de liste aux municipales par 99 % des militants socialistes de Bergerac. « Il partait quand même de loin et peu à peu, il a convaincu tout le monde pour réunir toute la gauche. Fallait le faire, non ? »
Voilà le tour de force : « Dominique écoute beaucoup, comprend vite et met rapidement en branle ce qui lui va, assure ce militant communiste. Du coup, il se construit peu à peu. Et oui, pendant cette campagne, il a pris une autre dimension, et aujourd'hui, le patron, c'est lui. Sans contestation possible de qui que ce soit. » Normal : il a gagné.
David Patsouris Sud Ouest du 19/03/08
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